Et demain la rentrée des classes : Analyse d’un système éducatif vieux de 40 ans !

Crédit Photo @Republicoftogo

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La rentrée scolaire 2014-2015, c’est après demain. L’on procède aux derniers réglages à tous les niveaux. Parents, élèves et gouvernement, chacun affûtent ses armes pour une nouvelle aventure de 9 mois. Alors que d’autres élèves rentreront des vacances ce week-end soit de la campagne, soit de la ville, par train, à moto, par avion ou par pirogue pour une bonne rentrée avec de beaux souvenirs des vacances, d’autres parmi ces enfants resterons à la maison pour plusieurs raisons : Sexe, argent, déficit d’infrastructures, manque de personnel qualifié, grèves tous azimuts et pauvreté. Dans ce billet, je vous emporte dans l’analyse et le décryptage d’un système éducatif vieux de 40 ans !

Les jeunes filles à l’épreuve des grossesses précoces

Les principales causes de déscolarisation des jeunes filles ces dernières années au Togo sont : les grossesses précoces, les mariages forcés, la pauvreté et le poids des mœurs. On dénombre en 4 ans d’après les chiffres officiels, 12 343 cas de grossesses précoces, dont 7000 cas enregistrés pour l’année scolaire 2012-2013. À la lecture de ces chiffres, on constate combien de ces jeunes filles resterons cloitrés encore à la maison au cours de cette année scolaire. Le plus poignant dans tout ça est que parmi ces victimes, on note des jeunes filles dont l’âge est souvent compris entre 10 et 15 ans.

À l’analyse des différents rapports rendus publics, il s’agit souvent des rapports sexuels entre enseignants-élèves, élèves-élèves ou des mariages forcés, des viols et autres fléaux souvent restés impunis par complicité des parents et par influence des auteurs dans les milieux ruraux. La scolarisation des jeunes filles est particulièrement préoccupante puisque l’indice de parité ne dépasse pas 70 %. Avec un accès limité aux services de santé sexuelle et reproductive et une absence de curricula de formation intégrée aux programmes d’enseignement scolaires, la situation s’aggraverait si jamais les ONG et l’État togolais ne planchent pas au plus vite sur le problème.

Les jeunes garçons partagés entre l’école et le gain facile

Dans le système éducatif togolais, les jeunes garçons dépassent les jeunes filles avec en moyenne une marge de 6 %. Mais dans ces lots, on note que la plupart surtout en milieu rural abandonnent très tôt l’école pour des motifs dont le plus grand « accusé » demeure le pouvoir public. Soit pour les travaux champêtres, l’artisanat, les aventures dans les pays de la sous-région et parfois pour des activités peu orthodoxes. Ils sont des milliers de jeunes garçons togolais à claquer la porte des écoles chaque année.

Imaginées des écoles officielles presque sans toit avec des effectifs pléthoriques ou on retrouve des élèves accrochées aux bancs, trois, quatre, cinq, comme des chauves-souris. Et comme ça ne suffisait pas, un déficit crucial d’enseignant qualifié, un manque de matériels et manuels didactiques vient combler la baisse de niveau des élèves togolais depuis quelques années. En trois ans, les taux de chômage et de sous-emploi dans cette couche vulnérable passe de 8,1 % et 20,5 % ce qui n’encourage pas la formation professionnelle des jeunes.

Vu la situation actuelle, il faudra doubler le nombre actuel d’écoles pour favoriser les conditions d’études symbolisme traditionnel et une ouverture progressive vers les techniques modernes de l’audiovisuel et de l’internet. À l’heure actuelle, on compte 50 élèves pour un seul enseignant, et près de 65 élèves par salle de classe. Seulement 37 % d’une génération d’enfants parvient à achever le cursus du collège. Le taux de redoublement reste très élevé (23 %), favorisant ainsi l’abandon en cours d’étude.

Entre grèves et mésententes, l’éducation sacrifiée sur l’autel des ambitions syndicalistes.

Au Togo l’école est très politisée à telle enseigne que les proviseurs, les directeurs et même les inspecteurs sont nommés sur la base de leur militarisme. En tout cas, même si des manquements subsistent à certains niveaux, il faut noter que la plupart des enseignants togolais depuis la nuit des temps font de leur possible pour remplir au mieux leur cahier de charges et inculqué une bonne éducation à la jeunesse togolaise. Aujourd’hui ces enseignants togolais sont constitués en multiples syndicats pour la revendication de bonne condition de vie et de travail. « Le gouvernement fait de son mieux pour que non seulement les conditions de travail des enseignants s’améliorent, mais aussi que le système éducatif soit dans les normes requises et acceptables » ces mots sont du ministre de l’Enseignement primaire et secondaire, Florent Manganawé à chaque discours à la nation togolais. Mais à 72 h de la rentrée des classes, rien ne semble bouger sur toutes les lignes. Côté enseignants, les syndicats n’entendent pas effectuer la rentrée des classes si les primes de rentrée et de bibliothèque évaluées à 150.000 francs CFA (environ 230 euros) ne leur sont pas versées.

L’école togolaise entre crise et déliquescence, les réformes s’imposent !

Au niveau du gouvernement tous les ingrédients semblent être réunis pour ne bonne rentrée. Le ministre l’Enseignement primaire et secondaire, Florent Maganawé, a dévoilé le dispositif mis en place pour la rentrée scolaire prévue le 29 septembre. On note un total de 29.781 professeurs, 1.305 postes concernent des nouveaux recrutements. 500 volontaires, via le Projet éducation BID III seront déployés dans le secondaire 800 nouvelles salles de classe seront inaugurées à l’occasion de cette nouvelle rentrée et 3 millions de manuels scolaires seront distribués gratuitement. L’autre grande mesure de cette rentrée est le développement des cantines scolaires. 256 établissements en bénéficient déjà, ce chiffre passera à 317. Au total, plus de 30.000 élèves en profiteront. Cotés réformes rien à signaler.

Les grandes assises de l’éducation annoncée par le chef de l’État ne figurent point dans les discours. On semble ignorer tout, mais il faut noter qu’une réforme en profondeur s’impose pour revoir les principes définis depuis la r2forme de 1975. Comme le disait le compatriote Elvis Ajavon lors d’un entretien en 2009, le système politique togolais doit promouvoir un autre type d’éducation qui favorise l’éclosion des talents dans les couches sociales majoritaires, qui modernise l’état actuel des divers niveaux d’enseignement, stimule la découverte de l’environnement physique, culturel, économique, diffuse des connaissances scientifiques de base et des technologies appropriées nécessaires à l’augmentation de la productivité et à l’amélioration des conditions d’existence.
C’est dans ces conditions que les élèves togolais préparent leur retour des classes en cette rentrée 2014-2015.

Togolais viens, bâtissons la cité !